La réalité du Mur de l'Atlantique au-delà de la Propagande

Hitler souhaitait faire du Mur de l'Atlantique une ligne de feu continue infranchissable à toute attaque de l'adversaire. la Propagande ne manqua pas d'utiliser les batteries côtières lourdes et à longue portée de la Kriegsmarine du Pas de Calais et notamment la batterie Todt... Certes les îles anglo-normandes ainsi que les principaux grands ports sont transformés en autant de forteresses abritant, pour la côte Atlantique, de gigantesques structures bétonnées pour chaque flotille de U-Boot. A côté des batteries lourdes du Nord de la France, des infrastructures aériennes ont également été développées dans cette région. Des stations radars et de radio-guidage sont opérationnelles... Toutes ces défenses existent bel et bien, mais l'espace entre toutes ces positions fortifiées est bien loin de constituer une véritable ligne de feu. Elles sont bien éloignées du Mur que glorifie la Propagande.
Elle ressemble plutôt à une vaste succession de points d'appui ou nids de résistance.
Les espaces non occupés par la Kriegsmarine étaient laissés à la Heer, l'Armée de Terre, à qui était confiée la tâche gigantesque de transformer le littoral en forteresse. Aussi la Propagande allemande n'aura de cesse d'utiliser abondamment les batteries lourdes du Pas de Calais pour chercher à faire croire à une réalité savamment déformée. La Propagande allemande s'évertuait surtout à gagner du temps. Il fallait gagner du temps à tout prix !
Rommel lorsqu'il sera nommé par Hitler Inspecteur-Général des défenses du front Ouest ne démentira pas cet objectif car il connaissait bien les faiblesses de la muraille de l'Europe occidentale et lui aussi cherchait à gagner du temps. Sa venue début 1944, sur le front Ouest eu pour effet d'accélérer de manière très notable les grands travaux de défenses sur le littoral. Durant les quelques mois où il ordonna de manière drastique d'engager tous les moyens pour transformer l'Atlantikwall en réelle ligne de feu continue, il parvint à le métamorphoser, de jour en jour, de manière inquiétante. Mail il savait pertinemment qu'il lui fallait encore du temps car l'Atlantikwall, qui devait décider du destin de l'issue de la guerre pour l'Allemagne, montrait encore bien des faiblesses...
Quoiqu'il en soit, le Mur de l'Atlantique, même s'il eut à souffrir des tensions entre la Kriegsmarine et la Heer, des dissensions entre Von Rundstedt et Rommel, d'un arsenal d'artillerie trop hétéroclite et ancien, de larges ponctions en hommes pour le front Est, de renforts en troupes d'engagés volontaires étrangers et d'un moral des soldats s'y abritant qui n'était pas majoritairement des plus combattifs, même s'il eut à souffrir de tout cela, il n'en constitua pas moins, le Jour J, un objectif prioritaire à faire taire et le Mur de l'Atlantique ne fut jamais, par le SHAEF (le Commandement suprême Alliés), minimisé dans ses capacités défensives.

Ringstand, Point d'appui, Panzerwerk, Batterie et Festung

Le Ringstand ou position circulaire représente l'ouvrage défensif bétonné le plus élémentaire du Mur de l'Atlantique. Il présente une entrée qui donne accès à une fosse dans laquelle sont installés différents types d'armes : il peut s'agir d'une mitrailleuse, d'une tourelle de char, d'un mortier ou d'une pièce antichar. On les rencontre isolément ou adjoint à des casemates ou des abris. Suivant leur taille, ils peuvent protéger de un à plusieurs soldats. Encore appelé Tobrouk, depuis la bataille du même nom, par similitude avec les chars allemands qui s'étaient enterrés pour ne laisser dépasser que leurs tourelles. Chaque ouvrage porte un identifiant de construction lié à son type d'armement et s'inscrit dans les Regelbauten ou Plans de construction du Mur de l'Atlantique.
Les points d'appui doivent défendre un secteur donné et garantir une ligne de feu sur la portion littorale qui leur est attribuée. Il est composé de Ringstands, de casemates de flanquement, d'abris et d'ouvrages antichars. On distingue les points d'appui légers, les Wiederstandsnest, des points d'appui lourds appelés Stützpunkt.
Les Batteries s'articulent autour de canons placés sous casemates bétonnées ou non (batteries hippomobiles). Bien souvent les batteries possèdent encore les encuvements initiaux dans lesquels les pièces d'artillerie étaient mises en position. Les batteries d'artillerie possédaient également un poste de direction de tir et bien sûr soutes à munitions, abris, flanquement, dispositifs antichars, défense antiaérienne...
Le Panzerwerk aligne tout type de défenses antichars regroupées dans un secteur bien délimité. On y retrouvera des casemates avec canons antichars, des postes d'observation, des ouvrages à cloches blindées, des abris et des Ringstands.
Pour finir, la Festung ou Forteresse désigne tout particulièrement le plus important et le plus élaboré dispositif d'ouvrages défensifs concentrés en un seul endroit. La Forteresse protègeait en premier lieu une zone de très haute importance stratégique. Ainsi, les grands ports furent rapidement définis comme zones à fortifier prioritairement par le haut commandement allemand. Ils disposaient de tous les moyens de défenses disponibles et de détection voulus.

Les défenses mises en place sur les plages de Normandie

Rommel insista tout particulièrement pour que d'innombrables obstacles et pièges soient installés sur les plages.
Dans l'arsenal très conséquent des défenses côtières, figurent bien sûr les pieus imposants, piégés diversement, et destinés à arrêter les barges d'assaut amphibies, soit en les faisant exploser, soit en les faisant chavirer ou en les éventrant. Des mines ou des obus placés à leur sommet formaient de dangereux pièges tant pour les hommes que pour les matériels.
On trouve ensuite des éléments antichars dits Cointet utilisés auparavant sur la Ligne Maginot ou sur les positions fortifiés belges. D'où son autre nom : la porte belge. Cet obstacle antichars sera réutilisé sur les plages ainsi que pour fermer des accès.
Viennent ensuite des rails disposés dans des blocs de béton qui font office de pressoir pour faire exploser la mine disposée en leur fond.
Dans la catégorie des défenses antichars existaient les tétraèdres, ouvrages composés de six jambages. Ils seront disposés en grand nombre sur les plages. Un autre obstacle antichar dénommé Hérisson tchèque sera également largement utilisé. Il est formé de trois jambages métalliques rivetés entre eux en leur mileu. Des blocs de béton seront parfois coulés à leur base pour en renforcer l'assise.
Contre les blindés, on trouvera aussi le très large mur en béton obstruant sur une hauteur pouvant aller jusqu'à plusieurs mètres, des points d'accès jugés importants. Il sera parfois camouflé à l'aide de trompes l'oeil tout aussi impressionants...
Au registre des éléments métalliques, on compte encore le Rail curtoir destiné à neutraliser, soit des barges de débarquement, soit des blindés.
Pour bloquer la progression des véhicules, des pyramides de béton seront également déployées. On les nomme plus prosaïquement Dents de dragon...
Les Tétrapodes ou éléments à trois pied comme leur nom l'indique seront aussi utilisés diversemment pour former barrage.
Et il ne faut pas oublier les multiples types de mines qui furent disposées copieusement en de larges champs. Rommel appréciait tout particulièrement ces instruments défensifs et en ordonna l'utilisation sans compter.
On trouvera des Tellerminen, mines "assiettes" antichars ; des Topfmine, en verre ou en béton, indétectables ; des mines magnétiques antichars et antipersonnel ; des mines S bondissantes... Les pieux piégés à leur sommet par une mine et reliés entre eux par un réseau de barbelés qui étaient plantés en quinconce, dans des champs susceptibles de recevoir des planeurs, porteront son nom : il s'agit bien évidemment des Asperges de Rommel.
Pour finir, nous parlerons du Lance-flammes dont l'activation se faisait à distance par commande électrique. En position fixe, il ne pouvait couvrir, de son jet de flammes, qu'une zone bien déterminée.

Principes d'un Point d'appui ou d'une Batterie

Selon sa directive n° 40, Hitler ordonna que l'assaillant soit rejeté tout de suite à la mer, se heurtant au mur d'une défense sans failles. Il voulait que chaque secteur du Mur de l'Atlantique soit capable de tenir sur une longue période et ce même face à un ennemi massivement supérieur en nombre. Pour cela, vivres et munitions ne devaient en aucun cas manquer. Aucune capitulation ! Le Mur devait tenir jusqu'à la dernière extrémité.
Les points d'appuis, les batteries seront donc construits et structurés en conséquence.
Ils doivent ainsi être en mesure d'assurer leur propre défense et être capable de faire face indistinctement à des forces d'Infanterie, à des forces blindées et à des moyens aériens. Les éléments défensifs propres à un secteur fortifié doivent ainsi se défendre mutuellement et répondre ensemble à toute situation offensive de quelque nature qu'elle soit.
Nous trouvons donc tous les genres d'ouvrages défensifs, les ouvrages types ou Regelbauten, mis à contribution pour garantir l'autonomie et la puissance de feu des différents secteurs fortifiés du littoral. Tous les ouvrages d'un points d'appui, du plus petit au plus grand, sont bien évidemment tous reliés entre eux par différents moyens de transmission.
La défense contre les blindés est consolidée par des pièces d'artillerie antichars sous casemates ou en encuvements. Elle est complétée par des murs, des fossés, des champs de mines, des portes belges et tout autre ouvrage bétonnés créés à cette fin.
La défense antiaérienne aligne des Flak de différents calibres. Elle est protégée par des champs de mines, des réseaux de barbelés des Ringstands garnis de mitrailleuses, de mortiers, de tourelles de chars...
Les abris pour le personnel, soutes à munitions, infirmerie, bunker de commandement, bunker de transmission, réserve d'eau, abris d'intendance, poste de direction de tir, si nécessaire, et soutes à munitions viennent compléter le dispositif défensif.
Les cibles navales sont coiffées par les différents types de canons le plus souvent en 1944 abrités sous casemates bétonnées. Ces batteries sont chargées de toucher les navires et leurs repères de tir montrent qu'elles peuvent également tirer parfois directement sur les plages. Les batteries peuvent dépendre soit de la Kriegsmarine soit de la Heer. Néanmoins, au-delà du modèle théorique, de très nombreuses variations d'installations ou d'aménagements pourront être constatés. Cependant les Regelbauten utilisés par l'Organisation Todt, font que les points d'appui du Mur de l'Atlantique présentent une homogénéité dominante et une solide cohérence.

Une Flak, canon antiaérien, en position de combat.
Eléments Cointet ou Portes-Belges minutieusement alignés en front de mer.
Hérisson tchèque mis en position.
Rails curtoirs visant à interdire l'accès à l'intérieur du territoire.
Exemple de Tobrouk ou Ringstand servant à abriter une mitrailleuse.