Les plages du D-Day face au Mur de l'Atlantique

Le Mur de l'Atlantique, même si il ne ressemblait pas à celui d'une Forteresse fut malgré tout utilisé par la Propagande dans ce sens. La Propagande vantera, avec une débauche de moyens, le Mur de l'Atlantique sensé faire de l'Europe occupée une inexpugnable Forteresse. Ceci dit, les Alliés ne minimisèrent en rien les capacités défensives du Mur de l'Atlantique constamment renforcées. D'autant plus que Rommel était devenu Inspecteur Général des défenses de l'Ouest. Les vols de reconnaissance aérienne étaient innombrables au-dessus du Mur de l'Atlantique en Normandie en prévision du D-Day. La surveillance quotidienne était poussée au maximum et la Résistance locale participait de manière irremplaçable à ce travail de Renseignement. Le Mur de l'Atlantique n'était pas que Propagande pour les Alliés et ce n'est pas pour rien que le Débarquement ne se fit pas dans le Pas-de-Calais, justement là où le Mur de l'Atlantique se montrait le plus redoutable.
Les Alliés prirent également soin de développer des engins blindés spéciaux pour affronter les défenses du Mur de l'Atlantique et faciliter le Débarquement en Normandie. La 79th Armoured Division sera créée en avril 1943 et commandée par le Major-General Sir Percy Hobart. Et l'expérience montrera qu'ils ne seront pas inutiles !
Sur chaque plage de Débarquement, les Alliés feront face aux défenses du Mur de l'Atlantique. Le Mur de l'Atlantique, sur certains secteurs infligera aux Alliés de très lourdes pertes.
Le Musée du Mur de l'Atlantique s'attache à conserver la mémoire de ces défenses qui omniprésentes sur les plages de Normandie opposèrent aux Alliés une résistance qu'il fallait coûte que coûte vaincre pour ne pas, suivant le voeu de Rommel, être rejeté à la mer.

Le D-Day à Ouistreham sur la plage codée Sword Beach

07h20 : Le jour s'est levé et les chars "Flail" (Sherman doté à l'avant d'un équipement spécial pour faire exploser les mines) du 22nd Dragoons sont les premiers à atteindre la plage avec des équipes de sapeurs. Les premiers chars AVRE (Armoured Vehicule Royal Engineers) arrivent à 07h25. Ces blindés engagent le combat avec les défenses allemandes. Des chars DD (Duplex Drive) ou amphibie, fraîchement débarqués se joignent à l'attaque. Les pièces d'artillerie allemandes seront réduites au silence.
07h30 : vingt LCA (Landing Craft Assault) amènent les compagnies d’assaut. A l’Ouest, sur Queen White, les compagnies A et C du 1st South Lancashire. A l’Est, sur Queen Red, les compagnies A et C du 2nd East Yorskhire. Ces compagnies seront bloquées en haut de la plage derrière le mur antichars. Un char "Flail" détruit alors un 75mm qui vient de provoquer beaucoup de pertes aux hommes du East Yorkshire.
Les autres compagnies des deux bataillons d’assaut ainsi que les deux LCI (Landing Craft Infantry) transportant les français du N° 4 Commandos débarquent à leur tour à 07h35. Le N° 4 commando pratique une brèche dans le réseau de barbelés après avoir traversé la plage en chargeant. Les français du Commando Kieffer vers 09h30, prennent après de violents combats, le casino de Ouistreham, rasé et transformé par les allemands en bunker doté d'une solide défense.
00h10. Les hommes du N° 4 commandos atteignent les écluses qui n'ont pas été minées. L'essentiel de la 1st Spécial Service Brigade poursuit sa progression vers le Sud en longeant le canal qui relie Caen à la mer. Vers 13 heures, Lord Lovat, son joueur de cornemuse Bill Millin, des Commandos français avec d'autres commandos de la Brigade, parviennent au pont de Bénouville et entrent en contact avec les hommes du Major Howard. La jonction programmée avec la tête de pont aéroportée est réalisée.

Le D-Day sur Juno Beach

Le 6 juin 1944, la 3e Division d’Infanterie canadienne qui compte trois Brigades est commandée par le Major General Rod Keller. Elle doit débarquer sur un vaste secteur de plage (10 km) : Juno Beach. La 7e Brigade doit débarquer sur "Mike" à l’Ouest (Graye et Courseulles) et la 8e Brigade sur "Nan" à l’Est (Bernières et Saint-Aubin-sur-Mer).
La 3e Division d’Infanterie canadienne a ensuite pour mission de s'enfoncer dans les terres pour atteindre le plateau de Carpiquet : elle doit prendre l'aérodrome.
Les différentes Brigades de la 3ème Division d’Infanterie canadienne sont accueillis par un feu très violent de canons, de mortiers et de mitrailleuses. Les flots recouvrent des milliers d'obstacles de plage...
Bernières est défendue par deux canons antichars, des mortiers lourds, des positions de mitrailleuses, des habitations fortifiées... Les combats seront acharnés et entraîneront de lourdes pertes...
Courseulles oppose aux troupes canadiennes de très nombreuses positions bétonnées qui abritent canons, mitrailleuses, mortiers... Il faudra aux soldats canadiens mener deux assauts et de terribles combats de rues pour venir à bout de la résistance allemande...
Saint-Aubin, Langrune et Gray ne seront pas libérés dès le 6 juin.
Les pertes sont particulièrement sévères au soir du 6 juin :
7e Brigade : 323 pertes dont 118 tués.
8e Brigade : 373 pertes dont 110 tués.

Le D-Day sur Gold Beach Beach

Le secteur de Gold Beach est dominé par des hauteurs à ses deux extrémités. Une baie, à Arromanches sera utilisée pour construire le port artificiel britannique, le Mulberry B. Le 47 Commando aura lui pour tâche de porter ses efforts à l'Ouest pour s'emparer de Port-en-Bessin et faire la jonction avec les américains. Autre objectif principal au soir du Jour J, la ville de Bayeux qui constitue un carrefour routier stratégique. Objectifs essentiels qui devront être atteints depuis les plages offrant aux barges d'assaut des zones pratiquables. C'est la 50e Division d'Infanterie britannique (Northumbrian) du Major General Graham, qui devra débarquer sur Gold Beach.
Dès 07h30 la Force G de la 50e Division d'Infanterie britannique fait face aux 5 km de plage de Gold beach divisée en 3 secteurs : "King" de La Rivière au Hable de Heurtot, "Jig" du Hable de Heurtot au Hamel et "Item" du Hamel à Saint-Côme. La 231st Infantry Brigade débarque avec deux compagnies devant le Hamel face à des positions allemandes très déterminées à en découdre. Les troupes débarquées ne progressont à nouveau, après de durs et violents combats, qu'en fin de journée. La 69th Infantry Brigade plus à l'Est fait également face à une résistance allemande acharnée. L'avancée dans Ver-sur-Mer ne se fera qu'au prix de lourdes pertes. Le 47 Commando qui doit prendre Port-en-Bessin au plus vite ne participe pas aux âpres combats du Hamel. Il se dirige sur Asnelles et arrive sur les hauteurs de Port-en-Bessin en fin de journée. La lutte pour prendre Port-en-Bessin sera longue, difficile et funeste pour de nombreux soldats. Elle ne tombera que le 8 juin.
Bilan de la journée : 25 000 hommes débarqués, 410 hommes hors de combats sur les plages et 90 barges détruites.

Le D-Day sur Omaha Beach

Le secteur d'Omaha Beach s'étend entre Arromanches et Grandcamp (en incluant la Pointe du Hoc assignée aux Rangers). La côte, ici, est élévée. La plage qui s'étend au pied des falaises sur environ 5 km devra malgré tout être investie pour ne pas laisser inoccupé l'espace entre la 1ère Armée américaine et le 2e Armée britannique. Les sous secteurs d'Omaha seront codés Fox, Easy, Dog et Charlie et s'étendent entre Colleville et Vierville-sur-Mer. Cette mission particulièrement dangereuse sera confiée au Ve Corps US. Il est composé de la 1st Infantry Division, la célèbre Big Red One et de la 29th Infantry Division, la Blue and Grey Division.
L'enfer vécu par la première vague d'assaut du Ve Corps US fixera pour longtemps aux plages d'Omaha leur épithète de sanglante. Bloody Omaha... Les bombardements de la Navy et de l'Air Force furent inefficaces. Ils s'abattirent trop à l'arrière des lignes défensives allemandes. La première vague d'assaut américaine dut ainsi faire face à des positions allemandes disposant de tout leur potentiel défensif. Il était resté intact. A l'Ouest la 29th Infantry Division est engagée face à Vierville-sur-Mer et Saint-Laurent tandis que la 1st Infantry Division, à l'Est, est engagée face à Saint-Laurent et Colleville. L'enfer fut indescriptible. Le chaos, l'horreur absolue, régnaient. Le Général Cota dira : "Il y a deux sortes d'hommes ici, les morts et ceux qui vont mourir, alors foutons le camp d'ici !" Le Général Bradley envisagea même, si la situation ne s'améliorait pas, de rembarquer et détourner la seconde vague d'assaut sur Gold et Utah.
La seconde vague donne l'assaut. Et avant l'heure que le Général Bradley s'était fixé pour modifier ses plans, des signes de progression lui parvinrent, ses troupes ayant percé en plusieurs endroits. Après de sanglants, d'interminables, d'inimaginables combats, les multiples percées permirent de consolider une tête de pont. La sortie vers Le Ruquet codée E(asy)1, l'abominable Wn 62 étant tombé, sera dégagée en début d'après-midi. Une fois le puissant Wn 72 réduit au silence, au prix d'immenses sacrifices, la sortie D(og) 1, à Vierville-sur-Mer, sera ouverte par le Génie, en faisant exploser le mur antichars.
La dernière poche de résistance allemande sera concentrée dans Colleville qui tiendra jusqu'au soir.
En cette fin de journée, l'ensemble des véhicules débarqués seront dirigés vers les deux seules sorties réellement exploitables. Il y en avait quatre de planifiées...
Le bilan à Omaha Beach est épouvantable, tragique. La 29th Infantry Division a perdu 2 400 hommes et la 1st Infantry Division 1750 hommes.

Le D-Day sur Utah Beach

Les divisions américaines de la 82ème et 101ème aéroportées doivent couvrir les flancs sud, ouest et nord de la zone d’assaut d'Utah Beach, en dégageant les sorties de plage, en prenant des ponts sur la Douve et le Merderet et en s’emparant du carrefour routier stratégique de Sainte-Mère-Eglise. Le VIIe Corps US devra constituer une solide tête de pont, couper la presqu'île du Cotentin d'Est en Ouest puis remonter vers le Nord pour prendre Cherbourg. La 4th Infantry Division débarquera sur Utah et opérera sa jonction avec les troupes aéroportées. Elle sera rejointe par la 90th Infantry Division puis par la 9th Infantry Division à J +4 et enfin par la 79th Infantry Division à J +8. Le VIIe Corps US disposera alors de tous ses effectifs pour remplir ses objectifs dans le Cotentin.
05h45, la flotte de débarquement approche de la côte. Les navires de la Task Force 125 ouvrent le feu afin de désorganiser les défenses allemandes.
Quelques minutes plus tard, 276 Marauders de la 9th US Air Force larguent 4 400 tonnes de bombes sur les points d'appui allant du Wn 3 au Wn 10. L‘effet est dévastateur. Les points d’appui sont très lourdement touchés et désorganisés.
De 06h20 à 06h45, les P 47 attaquent les positions à la roquette afin d’achever de les neutraliser.
A 06h40 une vingtaine de LCVP (Landing Craft, Vehicule and Personal) amènent la première vague d'assaut. Le débarquement n'aura pas lieu à l'endroit prévu à cause des forts courants. Les forces de débarquement se retrouvent plus au Sud face au Wn 5. A environ 300 mètres de la plage, les Commandants de Compagnie tirent des projectiles fumigènes spécifiques afin de demander à la Navy d’allonger son tir. Le Brigadier General Theodore Roosevelt prend pied sur la plage avec cette première vague d'assaut et le Wn 5, très éprouvé par les deux bombardements successifs, n'opposera qu'une résistance peu farouche.
Le 237th Engineer Bataillon déblaie la plage et ouvre des brèches dans le mur antichars. Tout sera pratiquement dégagé en une heure.
08 h00, le 8th Infantry Régiment et le 3e Bataillon du 22nd Infantry Regiment ont achevé leur débarquement. Le reste de ce second Régiment débarquera à 10 heures.
Dans ce secteur, les principaux objectifs du 7ème Corps US ont été atteints. Le Débarquement a été un succès avec des pertes modérées.