Le Commandement de la 716. ID

La 716. Infanterie-Division
Le secteur de l'embouchure de l'Orne est sous le commandement du Generalleutnant Wilhelm Richter, son PC se trouvant à Caen.
La défense de l'estuaire (Colleville, Ouistreham, Franceville, Merville) est confiée à l'Infanterie-Regiment 736., un bataillon d'Ostruppen (Ost.648), le 119 bataillon de pionniers de forteresse ainsi que le 859 bataillon de pionniers motorisés. Leur secteur est au sud de la localité.
Sur la plage, on trouve un groupe d'artillerie côtière de l'armée de terre (la 1. / 1260 Heeres-Küsten-ArtillerieAbteilung). Nous pouvons aussi compter dans les effectifs terrestres 200 membres de l'organisation Todt, composés de nombreux Autrichiens d'un âge certain.
Quant au port, il est le centre de mouillage de la 10. Raumboots-Floffille commandée par le Kapitänleutnant Herbert Nau. Sont à sa disposition, 15 dragueurs de mines, 1 escorteur rapide, réquisitionnés et armés.
A l'aube du 6 juin, toutes armes confondues, les effectifs allemands à Ouistreham peuvent s'évaluer à environ 2 000 soldats.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.

La Heer et la Kriegsmarine

La Kriegsmarine se montre bien peu présente dans le secteur qui va de l'Orne, à l'Est, au Cap Fréhel, à l'Ouest. Le Commandement Mer pour la Normandie est situé à Cherbourg. Il supervise commanderies, capitaineries ainsi que les différents relevant de son autorité.
La Flotille de surveillance portuaire installée à Cherbourg, dispose de plusieurs groupes dont un, basé à Ouistreham.
Dans le port de Ouistreham est donc basé une flotille de vedettes-dragueurs, la 10./Raümboots Flotille.
Ci-dessus, posent pour la photographie des marins de cette flotille devant une Villa de Riva-Belle.
La 10./Raümboots Flotille rejoint sa base de Ouistreham en avril 1942.
Sa mission principale consiste à draguer les mines dans l'estuaire de la Seine.
Elle est au mois de mai 1944 placée sous les ordres du Kapitänleutnant Herbert Nau qui dispose d'une flotille d'une vingtaine de navires.
Cette flotille n'engagera pas la gigantesque armada faisant face à Sword au matin du 6 juin 44.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.

L'estuaire de l'Orne, un lieu stratégiquement historique

Le choix allemand d'implanter de part et d'autre de l'estuaire de l'Orne une importante structure militaire de défense n'est pas dû à la conjoncture du conflit de l'époque. De tous temps, le site de Ouistreham a eu un intérêt stratégique indéniable, étant un passage obligatoire à l'accès maritime de la ville de Caen.
En se déplaçant sur la route Caen-Ouistreham, nous pouvons facilement deviner, en arrivant à Ouistreham à droite, à la hauteur des réservoirs de pétrole, une protubérance de terre, de forme rectangulaire, placée entre la route et l'actuel canal (ancien lit de l'Orne).
Il s'agit en fait, des vestiges d'un camp gaulois, dominant la rivière à l'époque d'une quinzaine de mètres, régissant ainsi le trafic portuaire, et prévenant des invasions.
Succèdent les Romains qui ne négligent en rien l'endroit, ils s'y installent pour quelques siècles. Puis viennent les Saxons qui attaquent le petit camp retranché et chassent l'occupant romain, au prix de 315 guerriers lu68 lors de l'assaut; ils reposent encore de nos jours à cet endroit. Quant aux corps des vaincus romains, il n'en reste aucune trace.
Au XIème siècle, les chantiers navals de Ouistreham sont choisis par Guillaume le Conquérant pour y construire quelques bateaux destinés à l'invasion prochaine de l'Angleterre. A noter que les Allemands font de même et implantent sur les bords du canal un chantier où sont fabriquées des vedettes rapides. (Schnellboote).
De nos jours, une grande surface de béton est appelée le Slip allemand.
En 1757, la France et l'Angleterre entrent en guerre pour une durée de 7 ans. Dans la nuit du 12 juillet 1762, ayant eu des renseignements sur l'affrêtement de quinze navires du roi Louis XV chargés de bois destiné à la construction navale de Brest et mouillés dans l'estuaire de l'Orne, les Anglais envoient une escadre afin de détruire ces navires. Des chaloupes armées sont alors affectées à la neutralisation de la redoute de Ouistreham. Après une courte bataille, les Anglais tuent sept cannoniers et en font prisonniers seize. Dès que les navires anglais ouvrent le feu sur la redoute de Sallenelles, tous les habitants de Ouistreham, mis en alerte s'enfuient dans la campagne, excepté le sergent Michel Cabieu, garde-côte de la compagnie de Ouistreham, un des rares hommes survivant de la localité, la majeure partie de la population mâle ayant été décimée par cinq années de guerre. N'écoutant que son courage, il se porte seul au devant de l'ennemi, muni d'un simple tambour et de quelques mousquets. Profitant de la pénombre, il feint être toute une compagnie tirant de part et d'autre, sonnant la charge avec son tambour et donnant des ordres à une armée imaginaire. Les Anglais, stupéfaits, croyant être assaillis de toute part par un ennemi supérieur en nombre, battent en retraite, oubliant par la même occasion l'officier qui les commandait, celui-ci ayant été grièvement blessé à la cuisse par le courageux sergent. Ce fait d'armes en fait un héros national. De nos jours, une rue porte son nom et rappelle ces événements.
Dès le XVIe siècle, Ouistreham est pourvu d'une batterie, servie par une milice locale.
Ce petit corps de garde est situé à l'extrémité de la pointe du Siège. Devant les innombrables incursions anglaises, la décision de moderniser celle-ci est prise en 1779. En fait, elle fait partie d'un ensemble défensif formé par la redoute de Franceville-Ouistreham et de Colleville-sur-Orne. De nos jours, subsiste encore une enceinte centrale située rue Boivin-Champeaux.
Sous Napoléon III, il faut signaler le projet de construction d'un grand port de guerre, le site ayant attiré l'attention par la présence d'une fosse naturelle marine (appelée Fosse de Colleville) étant susceptible d'accueillir des navires de bataille de fort tonnage. Ce projet fut abandonné, Cherbourg ayant remporté les faveurs des ingénieurs militaires.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.

Des maisons rasées pour transformer Ouistreham en place forte

Le 19 juin 1940, l'armée allemande investit Ouistreham. Très rapidement, l'occupant se rend compte de l'importance de la place. Des pièces de DCA font leur apparition de part et d'autre de la cité. L'artillerie de campagne est installée début 1941 sur la hauteur, au sud de Colleville-sur-Orne. Beaucoup d'obus tirés pendant l'entraînement s'abattent sur la ville, causant de nombreux dégâts.
Pendant les années 40-41, tant que le haut commandement allemand pense pouvoir débarquer en Angleterre, les constructions militaires allemandes ne sont que sommaires et provisoires.
La cité devient alors une ville de garnison avec tous les inconvénients: réquisition des villas, couvre-feu, interdictions et contrôles en tous genre.
En 1942, les Allemands adoptèrent une attitude plus défensive que conquérante. Face aux Anglais invaincus, toute la cité balnéaire devient un No Man 's Land sur une profondeur de 4 000 mètres ou tous les déplacements sont contrôlés par la Feldgendarmerie. Dès lors commence l'édification du Mur de l'Atlantique confiée à l'organisation Todt. Des entreprises allemandes, belges, italiennes voire françaises et le 11e bataillon de pionniers de forteresse s'installent à Ouistreham pour un gigantesque chantier. Sur le front de mer est décidé la destruction de 123 villas et habitations en tous genre pour faire place à l'implantation d'une batterie constituée d'un système défensif extrêmement, raffiné. Cet ensemble est composé d'environ 80 ouvrages bétonnés, 22 pièces d'artillerie de toutes sortes. Les plus gros calibres sont des 155 mm K 420 F d'une portée de 21,3 km sur encuvement béton, complétés par 4 canons de 75 mm FK 38 sous casemates blindées dont une seule sera achevée le 6 juin, 7 pièces de 50 KWK dont 4 placées sous casemates, 4 pièces de Flak 20 mm dont une placée sur un mirador, une autre dissimulée sur le toit d'une villa, une sur les caves du casino et une sur le toit du P.D.T. Un mortier de 50 mm, un autre de 81 mm ainsi que deux tourelles blindées pour MG 34 sur abri complété par de nombreuses tranchées et tobrouks. Deux très importants souterrains longent la plage et desservent tout cet ensemble sur une distance de 400 mètres.
Des abris pour le personnel, des stocks de vivres, de munitions ainsi qu'une boulangerie, écurie et un atelier destiné à l'entretien des véhicules sont constitués à l'intérieur du périmètre. Un bunker muni d'un groupe électrogène alimente en électricité tout ce complexe. Au milieu de tout ce dispositif, un poste de direction de tir est édifié servant d'observatoire, de station radio et téléphonique, le tout protégé du côté sud par un vaste fossé antichar bétonné. Sur les plages, réseaux de barbelés, asperges de Rommel, mines, tétraèdes en béton et pièges en tous genre. A l'intérieur de l'enceinte une 2e ligne de défense antichar formée par des alignements de dents de dragons en béton. En 1943, les caves du casino présentant un certain intérêt, on décide l'arrasement de celui-ci. Le plancher est renforcé par une épaisse couche de béton, sur son sommet, un tobrouk pour MG 42 et une pièce de Flak 20 mm sur encuvement pouvant servir de pièce antichar pour des combats rapprochés. Dans les sous-bassements, des meurtrières pour MG sont aménagées de part et d'autre de l'ouvrage.
Une seconde batterie est construite près du château d'eau, sur la route de Saint-Aubin d'Arquenay. Elle est pourvue de quatre casemates pour canons de campagne de 105 mm (FH 16 MG d'une portée de 12 km).
Seules trois seront achevées le 6 juin, (en fait, à cette date il n'y a que quatre pièces de 75 mm K 231 F, d'une portée de 8 km totalement hippomobiles). Le tout est accompagné de soutes à munitions et d'une dizaine d'abris pour les artilleurs. L'ensemble est ceinturé de tranchées et de tobrouks pour MG. Un vaste champ de mines protège l'ensemble contre l'infanterie. Des pieux de bois reliés entre eux par des câbles, sont plantés dans la plaine afin de prévenir les atterrissages de planeurs, le tout en liaison téléphonique et radio avec le P.D.T.
En ce qui concerne le port et les écluses, le système est composé, à l'extrémité de la jetée, d'une cloche cuirassée pour deux mitrailleuses MG 34. Près de l'écluse aval, un canon Flak 20 mm sur encuvement est accolé à un abri pour le personnel. Aux alentours du phare, 3 casemates et cinq tobrouks pour MG. A la pointe du siège, 3 casemates de flanquement sont alignées pour des canons antichars de 50 mm KWK. Quant à l'estuaire de l'Orne, il est obstrué par un pont qui relie la batterie de Riva à celle de Franceville. Celui-ci est alors consolidé par des câbles d'acier afin d'interdire l'accès de l'Orne aux vedettes ennemies qui tenteraient de s'infiltrer dans les terres.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.

Le splendide et typique casino normand rasé lui aussi et transformé en point de défense anti-aérienne

Il est construit dans les années 30 dans un style normand où le bois et les briques apparents ne sont pas sans rappeler les somptueuses villas de la Côte Fleurie mais arborant un aspect extérieur moins luxueux et tapageur que ses confrères de Trouville, Deauville. Avec l'avènement de 1936 et des congés payés, la plage et le casino prennent un essor considérable. Ce progrès économique est stoppé avec l'entrée en guerre de la France en 1939.
Il est abattu en 1943, victime du plan de l'occupant allemand de transformer la face maritime de la station balnéaire en forteresse. Les sous-sols couvrant une surface d'environ 500 à 600 m² sont conservés et consolidés à grand renfort de béton.
C'est certainement sa surface importante qui décide les services de renseignements anglais de faire de ce casino un objectif primordial du Jour J, puisque la majorité des opérations sont basées sur des prises de vues aériennes, celles-ci ne faisant apparaître des sites étudiés qu'un aspect plat et sans relief.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.

Ouistreham métamorphosé en ville de garnison et en immense chantier du Mur de l'Atlantique

A partir du 19 juin 1940, la petite ville de Ouistreham devient rapidement une ville de garnison ennemie, avec tous ses inconvénients (contrôle des personnes, de leurs déplacements, interdiction en tous genres, couvre-feu, réquisition des villas affectées au logement des troupes). La Wehrmacht installe sa Kommandantur dans une villa boulevard Joffre, quant à celle de la Kriegsmarine, elle se trouve boulevard Boivin-Champeaux. Des femmes de petite vertu font leur apparition, (comme dans tout endroit où il y a des soldats). On signale une augmentation alarmante des menus larcins tels que le vol de poules, de lapins de denrées alimentaires même au détriment de l'occupant, explicable par la pénurie qui sévit alors. L'activité portuaire tombe à zéro, à part les aller et venues de vedettes rapides de la Kriegsmarine.
1942 marque un tournant décisif, les Anglais prennent l'initiative, possédant la suprématie aérienne. Dès l'instant où la décision de construire le Mur de l'Atlantique est prise, l'attitude de l’occupant s'en ressent nettement. En effet, pendant les années 40-41, la population est témoin de mutations permanentes des unités en poste à Ouistreham, une atmosphère de détente régnant dans leurs rangs.
Les réquisitions des travailleurs se font de plus en plus nombreuses, étant donné l'importance des travaux envisagés par les Allemands pour la construction du Mur de l'Atlantique. Afin de motiver les ouvriers français, le salaire d'une journée de travail pour l'occupant correspond au double du tarif en vigueur. Ce qui n'a alors aucune conséquence pour les finances du Reich puisque l'argent ainsi distribué n'est en fait que de la monnaie de singe.Pour les jeunes Ouistrehamais, le travail dû à l'Organisation Todt présente un certain intérêt puisqu'il peut ainsi leur éviter le STO et le départ pour l'Allemagne.
Face à l'accroissement des effectifs militaires et des travailleurs de l'organisation Todt ainsi que des nombreuses entreprises étrangères de bâtiment, des entreprises françaises sont chargées, contre rémunération, du ravitaillement alimentaire et de l'entretien vestimentaire de toute la troupe. De nombreuses altercations sont à déplorer entre les habitants de la ville et des ouvriers étrangers, ceux-ci profitant de l'état de siège pour piller et saccager les villas désertées par leurs propriétaires.Devant la nécessité de trouver de la nourriture à tout prix, quelques habitants de Ouistreham obtiennent des autorités allemandes, l'autorisation d'aller ramasser des coquillages sur la plage. Pour y accéder, ils sont dans l'obligation de traverser de dangereux champs de mines suivant des couloirs plus ou moins bien délimités. Nombreux d'entre eux le paieront de leur vie.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.

L'arrivée du Feldmarschall Erwin Rommel en Normandie et sa première visite sur le Stutzpünkt 08

Le 3 novembre 1943, le maréchal Rommel a été nommé par Hitler Inspecteur général des défenses de l'Ouest et chef du Heeresgruppe B. Son commandement s'étend de l'embouchure de la Loire jusqu'aux côtes de Hollande. Depuis sa prise de fonction, ses visites sur la côte normande se sont multipliées. Rommel fera deux visites à Riva-Bella : la première aura lieu dans l'après-midi du 9 mai 1944 pour inspecter le secteur de la 716. ID. Visitant les plages de Riva-Bella, il déclare sa satisfaction en voyant la densité des défenses déjà posées (asperges, mines, tétraèdes). Quelques jours auparavant, le 27 avril, les deux batteries avaient reçu un tapis de bombes. Il constate peu de dégâts résultant de cette opération, les casemates ont bien résisté.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.

Les civils dans la tourmente de l'Occupation

La Royal Air Force veut occuper l'espace aérien, elle entame une politique de harcèlement et mitraille régulièrement des objectifs incertains. Le 19 juin 1942, les pilotes de Ouistreham en feront les frais. Leur vedette est mitraillée et cinq d'entre eux sont tués.
Cependant, l'audace des Anglais leur vaut de nombreuses pertes dues à l’efficacité de la Flak allemande : on peut dénombrer au moins cinq chasseurs abattus et tombés en mer. Un autre, un Spitfire de la RAF, vient s'encastrer dans la villa « la Lisette » , place Alfred-Thomas, à moins de cinquante mètres du canon qui l'a touché. Le pilote est inhumé par les Allemands avec tous les honneurs militaires au cimetière de la commune.
Plus dramatique encore, de retour d'un raid, une forteresse volante B 17, endommagée par la Flak, fait un atterrissage forcé sur l'île aux oiseaux (banc de sable formé par les alluvions déposées par l'Orne) et prend feu immédiatement. Tout l'équipage périt carbonisé, les secours étant bloqués par la marée haute, les isolant ainsi de la terre ferme.
En avril de la même année, un autre bombardier en difficulté fait un largage forcé de son chargement de bombes, touche les environs du port sans grands dégâts matériels mais blessant grièvement une femme du village : une de ces jambes est emportée par un éclat.
L'intensification des bombardements de la ville atteint son apogée, meurtriers et destructeurs dès les premiers mois de 1944. Ces opérations aériennes font partie d'un vaste plan orchestré par le Bomber Command allié pilonnant systématiquement les sites du Mur de l'Atlantique, des côtes du Pas-de-Calais à celles de Bretagne, en insistant plus particulièrement sur les plages du Nord de la France afin de conforter les Allemands dans la certitude que les Alliés choisiront ces plages plus propices à un débarquement plutôt que celles de Normandie, celles-ci ayant une topographie variée et irrégulière.
Toutes opérations militaires de grande envergure paraissent alors incertaines et hasardeuses dans notre région.
Le 27 avril 1944, un tapis de bombes est largué sur Riva-Bella, visant la batterie du bord de mer. Un périmètre compris entre l'avant port, le boulevard Docteur Charles-Poulain et l'avenue Victor-Hugo est alors ravagé. 24 maisons sont soufflées par les explosions, neuf civils qui n'ont pas encore évacué leur habitation sont tués ainsi que dix ouvriers requis habitant la commune et travaillant à la construction des Blockhaus. Les pertes allemandes s'élèvent à sept soldats.
Le 9 mai, un raid tout aussi important a lieu.
Cette fois, la batterie du château d'eau en est le principal objectif. Malgré sa position assez éloignée des premières habitations, le bourg est écrasé par les bombardements, sans que pour cela il n'y ait de dommages causés aux casemates d'artillerie. Le 1er juin, l'opération est renouvelée et se déroule dans les mêmes conditions avec des effets identiques. Résultat de ces deux raids: neuf morts parmi les civils ainsi que de nombreux blessés et des quartiers entièrement dévastés.
Ces bombardements, malgré les nombreuses victimes civiles et les destructions, auront des effets bénéfiques, en réconfortant la population dans l'idée que ces opérations sont les préliminaires d'un projet plus ambitieux : un débarquement en France, affectant largement par la même occasion, le moral des troupes allemandes et les incitant à déplacer leur batterie vers Saint-Aubin d'Arquenay.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.

La seconde et dernière visite de Rommel en Normandie s'est faites à Ouistreham, sept jours avant le Débarquement

Rommel revient la seconde fois le 30 mai, soit sept jours avant le débarquement pour une démonstration de Nebelwerfer qui aura lieu à Riva-Bella et à Lion-sur-Mer en présence de nombreux généraux : Salmuth, Marcks, Kuntzen, Krancke et Dollmann. Ils sont impressionnés par la puissance de feu qu'offrent ces fusées, nouvelles armes venues du Front de l'Est. Rommel insiste une nouvelle fois sur la nécessité d'avoir d'excellentes relations avec la population de Ouistreham et de bien rémunérer les ouvriers requis dans la localité afin d'obtenir un meilleur rendement et un travail de qualité.

"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique.